Le marché européen des batteries va se multiplier par six. Qui assurera l'entretien de tous ces systèmes à l'avenir ?
En 2025, l’Europe a installé environ 36 GWh de stockage par batterie. Il s’agit de la douzième année record consécutive, et la capacité opérationnelle totale a ainsi franchi le cap des 100 GWh. D’ici 2030, SolarPower Europe prévoit, dans son récent rapport « European Battery Market Outlook », un total de 580 GWh. Soit plus de six fois plus en l’espace de cinq ans.
La Belgique participe pleinement à cette croissance. En 2025, notre pays a franchi pour la première fois le cap du 1 GWh d’installations annuelles et est cité par SolarPower Europe comme l’un des marchés émergents leaders pour les grands parcs de batteries. La croissance belge s’est même avérée plus forte que ce que le rapport avait initialement prévu. (SolarPower Europe (2026) : European Battery Market Outlook 2026-2030)
Le secteur se concentre principalement sur ces chiffres d’installation. C’est compréhensible : grands projets, gros budgets. Mais en y regardant de plus près, on voit émerger un deuxième marché. Chaque batterie raccordée aujourd’hui devra fonctionner pendant les quinze prochaines années. Le marché de la maintenance de 2030 se construit dès maintenant, batterie par batterie.
Nous avons vu le même scénario se reproduire avec les panneaux solaires
Lorsque le secteur de l’énergie solaire a connu son essor, toute l’attention s’est portée sur la construction. Ce n’est que plus tard qu’il est apparu clairement que la surveillance et la maintenance constituaient une spécialité à part entière. Avec les batteries, on observe exactement le même schéma, mais à un rythme plus rapide : le marché croît plus vite et les systèmes sont plus complexes.
De plus, ces deux mondes se rapprochent. Jusqu’à récemment, environ 90 % des installations de batteries européennes étaient autonomes. Depuis 2026, le raccordement aux parcs solaires progresse rapidement, et SolarPower Europe prévoit que l’équipement des parcs solaires existants en batteries deviendra la norme. Cette évolution s’explique par la baisse du rendement de l’énergie solaire pendant les pics de production. Combiner des panneaux solaires et un système de stockage par batterie sur un même site reviendra bientôt à regrouper leur maintenance et leur surveillance.
Pourquoi l’entretien des batteries n’est pas le même que celui des panneaux solaires
Un système de batteries est bien plus qu'une simple rangée de cellules dans un conteneur. Il s'agit d'une interaction entre les cellules de batterie, les onduleurs, les logiciels de gestion de l'énergie et des batteries, ainsi que le raccordement au réseau. C'est précisément cette intégration qui fait la différence, même en cas de défaillance.
SolarPower Europe souligne que les taux de défaillance des grands projets de batteries ont baissé de 97 % à l'échelle mondiale entre 2018 et 2023. Le secteur a donc tiré les leçons de ses erreurs. Mais les défaillances qui surviennent encore se produisent principalement pendant la construction, la mise en service et les premières années de fonctionnement du système. Et fait remarquable : elles concernent rarement les cellules de batterie elles-mêmes. Ce sont généralement les systèmes périphériques qui présentent des défaillances : le refroidissement et la ventilation, la protection contre les incendies, l’infrastructure électrique et le système de contrôle.
Cela modifie la nature du travail. La gestion thermique et la sécurité incendie revêtent une importance bien plus grande pour les batteries que pour les panneaux solaires. De plus, une batterie fonctionne également la nuit ; la surveillance ne s’arrête donc pas au coucher du soleil. Et alors que l’on peut facilement changer de marque pour les onduleurs destinés aux parcs solaires, on dépend largement du fabricant pour les composants des batteries, y compris en ce qui concerne les consignes d’entretien nécessaires au maintien de la garantie.
Et la barre continue de monter. Les grands parcs de batteries passeront de 49 % du parc installé de BESS en 2026 à 67 % en 2030. C’est précisément dans ce segment que le rapport identifie les exigences les plus strictes : outre la sécurité incendie et la réglementation, SolarPower Europe cite également la cybersécurité comme une exigence de qualité qui évolue proportionnellement à l’échelle du projet. De plus, chaque étape de transfert au sein d’un projet, du développeur au constructeur puis au gestionnaire, constitue un risque pour la qualité lorsque les rôles ne sont pas clairement définis. La conclusion du rapport est particulièrement percutante : la qualité n’est plus une simple question technique secondaire, mais une condition préalable à la faisabilité financière et à la confiance des investisseurs.
Source : SolarPower Europe (2026) : European Battery Market Outlook 2026-2030
Une batterie à l'arrêt ne rapporte rien
Il existe une autre différence par rapport aux panneaux solaires, et c'est une différence financière. Un parc solaire produit de l’électricité lorsque le soleil brille. Une batterie peut également générer des revenus sur les marchés de l’énergie : en se rechargeant à bas prix et en se déchargeant à un prix élevé, et en fournissant des services qui assurent la stabilité du réseau. Ces revenus dépendent de fluctuations de prix impossibles à prévoir.
C’est d’autant plus vrai en Belgique qui, selon SolarPower Europe, figure aux côtés de la Suède et de l’Italie parmi les leaders européens en matière de contrats dynamiques auprès des clients professionnels : ces fluctuations ne sont plus une notion abstraite.
Si une batterie tombe en panne pendant une période de prix élevés, ce revenu est définitivement perdu. C’est pourquoi les accords de maintenance ont évolué : délais d’intervention plus courts, surveillance permanente et garantie d’une remise en service rapide du système. La disponibilité d’une batterie n’est pas un détail technique, c’est le cœur même de son rendement.
Cette dynamique ne concerne pas uniquement les grands parcs de batteries. Les batteries installées dans les entreprises, dans les secteurs commercial et industriel, ont connu une croissance de 77 % en 2025 pour atteindre 4,7 GWh, soit une part de marché historiquement élevée de 13 %. Le rapport souligne d’ailleurs leur diversité : chaque site est différent, chaque système est conçu sur mesure. Cela vaut également pour la gestion.
Source : SolarPower Europe (2026) : European Battery Market Outlook 2026-2030
Commencer avant la mise en service
La conclusion la plus importante de ce rapport est peut-être la suivante : la qualité ne se résume pas à un contrôle ponctuel lors de la mise en service, mais constitue un processus qui s'étend sur toute la durée de vie du système. Les performances d'une batterie dans quinze ans sont en grande partie déterminées par les choix effectués avant le premier kilowattheure. Le choix de la technologie et du fournisseur, la réalisation des travaux, la mise en service et le transfert vers l’entité qui gérera ensuite le système. En intégrant la maintenance dès le premier jour, tant dans la conception que dans le budget, on évite qu’elle ne devienne un poste de dépense mineur.
Un marché gigantesque s'annonce
Nous avions déjà relayé ce message cet été dans Solar & Storage Magazine, où le cofondateur Jan Van Der Haegen a abordé les exigences pratiques de la maintenance des batteries : de l’expertise en CVC et de la sécurité incendie à la cybersécurité dans les grands parcs de batteries. Son conseil au marché était déjà clair à l’époque : n’oubliez pas l’entretien, et tenez-en compte dès l’installation.
Les chiffres de SolarPower Europe en montrent désormais l’ampleur. De 100 GWh aujourd’hui à 580 GWh en 2030 : derrière ces chiffres se cacheront bientôt des milliers de systèmes qui devront continuer à fonctionner de manière optimale.
Source des chiffres du marché : SolarPower Europe, European Battery Market Outlook 2026-2030.
Des questions ?
Une question, un projet à discuter, ou simplement envie de voir ce qui est possible ? Contactez-nous, nous réfléchissons volontiers avec vous.